Sous le tropique du Capricorne

L’ascension du Huyana Potosí, 6088 m.

09:08, 17/11/2007 .. Publié dans 03 La Bolivie .. 3 commentaires .. Lien

Avec ses 3600 mètres d’altitude, La Paz détient le record de la plus haute capitales du monde. La ville entourée de nombreux sommets qui culminent à plus de 6000 mètres est le rendez-vous des alpinistes du monde entier. De nombreuses agences organisent des ascensions et fournissent guide et matériel. En somme, il suffit de pousser la porte d’une de ces officines pour se retrouver au sommet. Depuis quatre semaines que nous sommes à des altitudes supérieures à 3500 métres, mon corps est parfaitement acclimaté. Je me suis habitué à trouver normal d’être éssoufflé en me savonnant sous la douche, à reprendre mon souffle à chaque étage, à perdre haleine dans les moindres montées. Nous partons en 4*4 en direction du Huyana Potosi.

Arrivés au refuge à 4750 mètres, je bourre rapidement tout le matériel d'alpinisme dans le sac à dos et sous une pluie fine, j'emboîte le pas de Feliciano, mon guide bolivien. Au fil des heures, le sac me semble terriblement lourd. J'ai peine à imaginer le paysage car la visibilité est nulle et la pluie s'est maintenant transformée en neige. En fin d'après-midi, le refuge d'altitude surgit des nuages comme un module spatial abandonné sur un bout de rocher à 5200 m. d'altitude. Je suis vanné et béni, cette bouée de sauvetage au milieu de cet océan blanc. Effondré sur un paillasse, je regarde béatement Féliciano qui fait fondre la neige pour préparer le dîner. Malgré ce mal de ventre qui ne fait qu'empirer, je ne force à manger en prévision de l'effort à venir. Sitôt la dernière bouchée enfournée, nous nous glissons dans les sacs de couchage. Il n'est que 18 h. mais je tombe de sommeil. Certain de m'endormir dans la minute qui suit, je ne prends pas le somnifère que j'ai emporté pour lutter contre l'insomnie très fréquente à cette altitude. Durant la nuit, j’ai le ventre dur et gonflé comme une vache crevée et j’ai les épaules meurtries par les bretelles du sac à dos. Les heures s’égrennent à écouter les rafales de vent qui fouettent et résonnent sur le refuge. Persuadé que le mauvais temps nous empéchera de partir, j’attends la sonnerie du réveil à minuit pour enfin commencer ma nuit. La sonnerie retentit , Féliciano se lève, enfile sa combinaison, va pisser et revient couvert de neige en disant « Pas de chance avec le temps, mais on va quand même monter des fois que ça se lève ! ».

Minuit trente, nous voici partis tous les deux, crampons aux pieds, à la lueur de nos lampes frontales pour 7 heures d’ascension vers le sommet à 6088 m. Un quart d’heure après le départ, j’ai les jambes en coton, je vomis et ne peux plus avancer. Les bourrasques de neige qui me cinglent le visage, me donnent un coup de fouet pour me faire repartir. On enfonce jusqu’aux genoux dans le neige fraîche qui ralentit notre progression déjà bien lente. Tous les 20 pas, je m’arrête pour reprendre péniblement mon souffle. Impossible de respirer par le nez, la bouche grand’ouverte, cet air vide ne me remplit pas les poumons. A 5800 mètres, je ne peux plus garder les yeux ouverts, épuisé, paupières closes, je vois encore tomber la neige, non... je vois 36 chandelles. Mes voyants sont dans le rouge depuis longtemps. Après un long moment de réflexion, je donne l’ordre à Feliciano de redescendre.

De retour au refuge où Sylvie attend avec les enfants, le guide, après une courte pause repart avec Sylvie pour tenter l’ascension, pendant que je ferai l’école aux enfants. Le temps s’est levé, Sylvie peut sans doute admirer les paysages grandioses. Je la sais en forme et motivée et suis certain que l’altitude ne l’handicapera pas comme moi. Je n’ai de ses nouvelles que le lendemain, avec le retour des premières cordées qui ont rebroussé chemin, ils m’annoncent que Sylvie a été la seule à continuer jusqu’au sommet. Avec les enfants, on part à sa rencontre pour lui apporter de l’eau, du chocolat. En route, les enfants lui cueillent un bouquet de fleurs séchées pour fêter sa réussite. Elle arrive, les traits à peine tirés après ce rude effort. Je suis heureux et fier qu’elle ait pu faire 200 mètres de plus que moi, car ces mètres-là, il faut aller les chercher au fond de soi. Bravo Sylvie !


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Commentaire sans titre

21:19, 18/11/2007 .. Publié par LES SUDISTES
ENCORE UNE FOIS BRAVO A TOI SYLVIE ET POUR TOI LUC CE SERA PEUT-ETRE POUR UNE AUTRE FOIS...
BISOUS
CARO AND CO.

Montagnards

20:18, 19/11/2007 .. Publié par GrandsParentsT
Felicitations a tous les deux pour ces exploits , ainsi que les filles qui cumulent des experiences extraordinaires.
Avons ete content d'entendre Sylvie ce week end.

Whaouh

21:22, 28/11/2007 .. Publié par Anonymous
Ben dis donc...record battu après la perte de connaissance dans le premier trek...et bravo aux filles de l'équipe...
faîtes quand même attention au mal de l'altitude...enfin c'est trop tard maintenant !!!
BBBBBRRRRRRRRAAAAAAAAAVVVVVVOOOOOOO
Bisoux à tous
Christophe et Nathalie

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